Par le hublot: chapitre 3

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Il s’est levé à l’aube ce matin, comme depuis des années, mais cette fois c’était le coeur plein d’espoir, une nouvelle vie commençait enfin. Pour la première fois de sa vie, il allait vivre pour lui et non plus pour sa patrie. A 29 ans, après une blessure importante et une décoration, il va enfin pouvoir savourer une vie simple et tranquille. Il est tellement fatigué, à l’intérieur. Il fait 10 ans de plus d’ailleurs. Son regard est encore hanté des atrocités qu’il a vues, qu’il a commises. Il voudrait que sa retraite militaire lui apporte un sommeil sans cauchemar. Il l’espère vraiment.

Dans cet avion qui l’emmène vers sa nouvelle vie, il repense aux dernières semaines. Cette mine tout d’abord. Il était pourtant formé à les détecter. Tous les jours son convoi changeait de route, tous les jours il empruntait une nouvelle voie et devait la rendre praticable. Son expérience, son oeil exercé lui avaient toujours permis d’éviter le drame… Le sable, la chaleur, l’absence totale de son tout à coup, et sa chute. Il n’avait pas réalisé tout de suite et c’est en voyant son compagnon d’infortune se tenir le côté du visage pour retenir sa mâchoire arrachée qu’il avait compris ce qu’il se passait.

Une explosion. Une putain de mine qu’il n’avait pas été capable de détecter à temps. L’ennemi devait bien se marrer, elle n’était pourtant pas introuvable. Plus qu’une erreur, c’était carrément une faute qu’il avait commise. L’habitude avait émoussé sa concentration…

Des semaines sans rien entendre. La déflagration avait abîmé son audition. Il la croyait détruite à tout jamais mais peu à peu il s’était mis à entendre de nouveau, presque aussi bien qu’avant. Mais pour sa carrière militaire, c’était terminé. Au sortir de l’hôpital, où il avait eu le temps de réfléchir sur lui même, il avait décidé de se mettre au vert pendant quelques temps, de ne pas choisir une nouvelle voie tout de suite, et de parcourir le monde, comme ses finances le lui permettaient momentanément. C’est ce qu’il faisait aujourd’hui. Direction le Japon, ce pays où règne le calme et l’ordre, où la délinquance de rue n’existe pas, où la sécurité ambiante l’aidera à retrouver la paix intérieure.

Il aurait aimé voyager en classe business, pour pouvoir jouir d’une certaine sérénité, mais il n’aurait plus eu les finances pour découvrir les autres pays d’Asie. Alors il fait contre mauvaise fortune bon coeur depuis le début du vol, parce que cette cabine économique est loin d’être calme et reposante. Un siège étroit pour son gabarit plutôt imposant, plutôt trapu, assez musclé, il dépasse en largeur au niveau du dossier. Ses bras volumineux touchent son voisin de gauche et bien qu’il essaye de s’isoler physiquement, il ne peut empêcher ce contact désagréable pour les deux hommes. A sa droite, de l’autre côté de l’allée, une jeune maman essaye désespérément d’endormir son bébé depuis une heure, et il la voit sursauter à chaque bruit survenant de l’office. Un bébé tout neuf, quelques semaines, d’après ce qu’il peut en juger. Un jour peut être il rencontrera une femme et ils s’aimeront assez pour avoir envie d’en faire un, résistant à la terreur de faire naître un humain dans ce monde absurde… Il éprouve une tendresse silencieuse pour cette mère débordée, pourtant patiente et bienveillante.

De l’autre côté de l’allée, sur la droite de l’avion, un groupe de personnes âgées, voyageant certainement en séjour organisé, font connaissance. Ils parlent fort et se croient seuls au monde. L’hôtesse rousse a bien du mal à avancer dans son service tant les questions fusent. Elle semble d’ailleurs épuisée et lutte contre sa mauvaise humeur pour ne pas les envoyer balader avec leurs questions stupides. Trois boissons par personne, elle a beau leur expliquer qu’ils auront à boire gratuitement et à discrétion toute la durée du vol, ils s’entêtent à demander une bière, et un vin rouge, et un verre de coca et une eau gazeuse, et… Voilà un boulot qu’il ne pourrait jamais faire, la liste des métiers possibles pour lui vient de diminuer d’un coup. Il a besoin de calme et ne pourra jamais supporter le contact avec une clientèle aussi exigeante!

Il l’avait remarqué dès l’enregistrement. Les personnels “front line”, et en particulier dans les aéroports au sol, sont exposés quotidiennement à la mauvaise humeur des gens. Entre celui qui souri à sa “soeur” comme il dit pour qu’elle ne lui fasse pas payer un surplus de bagages, et qui tente carrément une négociation digne d’un souk où tout se marchande, la femme qui engueule son mari parce qu’il a mal fait sa réservation sur internet, qu’elle voulait qu’ils soient tous les quatre de front et qui ne comprend pas que dans une cabine où il y a seulement 3 sièges par rangée c’est impossible, ou encore le vieux qui connaît très bien le PDG de la compagnie, alors il serait de bon ton de le surclasser en première classe, l’ancien militaire soupire et est étonné de ne pas sentir plus de lassitude. Lui même aurait sans doute déjà fermé son guichet et laissé tous ces cons se démerder seuls…

Il y repensait encore en salle, quand tous les passagers s’étaient levés tels un seul homme à l’annonce du début de l’embarquement de son vol. Il les observait, ne pouvant s’empêcher de secouer la tête d’un air blasé en voyant certains essayer de doubler les autres dans la file d’attente interminable, au lieu de profiter des sièges confortables et d’attendre de pouvoir atteindre l’avion sans piétiner des heures. Seuls quelques hommes faisaient preuve d’un peu plus de jugeote. Deux étaient même particulièrement calmes, regardant comme lui les gens qui passaient devant eux, l’air absorbés, comme s’ils voulaient savoir avec qui ils allaient partager ce vol. Dans la file d’attente, des familles, des personnes âgées, des gens tressés et un très grand monsieur qui se déplaçait avec l’aisance d’un héron dont on aurait arraché une patte.

Son verre d’eau gazeuse avalé, il décide de ne plus repenser à ces gens bizarres et d’attendre le repas en essayant de fermer les yeux. Le bébé ne pleure plus, sa maman semble légèrement se détendre, cela le fait sourire, il aime l’idée que le calme commence à gagner. Et pourtant, rien n’est encore vraiment silencieux. Les portes de placards métalliques claquent sans arrêt et on entend l’équipage parler sans comprendre vraiment ce qu’ils disent. Il imagine que derrière le rideau, règne une certaine frénésie et que les hôtesses et stewards travaillent le plus vite possible, sans prendre garde au bruit, pour pouvoir servir les repas au plus vite, les passagers ayant visiblement assez faim à cette heure là.

D’ailleurs lui aussi a faim. C’est étrange, cela fait longtemps qu’il n’a pas ressenti le besoin de manger. Il se nourrit suffisamment pour se garder en forme, par réflexe, mais depuis des mois il n’y prend plus aucun plaisir. Ni les fast food qu’il adorait pourtant, ni la cuisine de sa mère, ni les pizzas géantes double fromage, double peperoni du restaurant d’en face ne l’ont plus fait saliver depuis un certain temps. C’est sans doute la preuve qu’il va un peu mieux, que la vie reprend possession de son corps, que le plaisir va revenir, et que se lever le matin ne sera plus un réflexe mais une envie plus profonde!

Il mise tellement sur ce voyage, se retrouver, se reconnaître, revivre, et surtout atteindre la sérénité qui lui manque pour être bien avec lui même et ce qu’il a vécu dans ces zones de combat. Un éclat de voix vient le sortir de sa douce torpeur, l’arrachant brutalement à ses pensées. L’homme de la file d’attente, celui qui était si grand et qui semblait si peu à l’aise dans son corps est debout, il tourne la tête compulsivement d’un air apeuré, ses yeux sont exorbités et il transpire abondamment. Tout à coup, il s’écrit “Au feu!”, puis commence à faire de grands gestes paniqués, pris d’une terreur sans nom. Il s’éloigne brusquement de son siège en direction de l’office.

Le militaire agit alors plus par instinct que de façon réfléchie. Sur le chemin de l’homme fou, il y a la jeune maman et son tout petit bébé fragile. Il ne les voit pas, il va les blesser! Il se lève alors et se précipite pour les protéger et les prendre dans ses bras. Il enjambe une rangée de sièges et saute sur la petite famille, faisant rempart de son corps et évitant de justesse le piétinement de l’enfant. Il relève la tête et a juste le temps de constater que l’hôtesse rousse vient d’ouvrir le rideau, et qu’elle est frappée de stupeur, face à face avec ce passager dangereux. Sa bouche s’ouvre dans un rond parfait, ses yeux s’agrandissent de façon stupéfiante lorsqu’elle réalise qu’un homme est devant elle, l’air vraiment dangereux.

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7 réflexions au sujet de « Par le hublot: chapitre 3 »

  1. Boring, comme on dit en Anglais, ou en Français « ENNUYANT », mais alors, mademoiselle, retourne à tes plateaux parce qu’on s’ennuie…

  2. Pour information Flying purser on dit « ennuyeux » en français (#retourneatondico) bref tout l’inverse de cet article. Belle journée flying mama, je retourne aussi à mes plateaux 😉

  3. Flying purser. … Que tu ne sois pas fan, je te l’accorde, plaire à tout le monde c’est plaire à n’importe qui et en l’occurrence, vu le degré philosophique de ton post je suis sûr que la demoiselle n’a cure de te plaire. Ce qui moi me chiffonne c’est le caractère insultant de ta conclusion. Insultant à l’encontre de quelqu’un qui a le courage et le talent de faire quelque chose que tu ne fais pas (et ne viens pas me dire que je ne te connais pas et que tu fais plein de choses, je te répondrai alors d’avoir les couilles de ne pas te mettre sous pseudo pour déverser ta haine histoire que l’on puisse juger de qui tu es) ainsi qu’à l’encontre de quelqu’un qui porte dans les médias une image élégante lumineuse et douce de notre corporation à laquelle tu fais honte. Sur ça aussi je peux dire que tu ne lui arrive pas à la cheville. Je note donc une jalousie pitoyable dans ton propos que je t’excuse volontiers tant je sais que ça n’est pas génétique… Tu as eu probablement une enfance difficile, tu as certainement des frustrations profondes que tu vas devoir régler avant de pouvoir continuer à avancer. Tu souffres visiblement de ton métier que tu détestes puisque tu ne te considères que comme un serveur de plateaux, tu aimerais toi même pouvoir faire autre chose pour pouvoir rendre fiers les gens que tu penses méprisants à ton égard (ta maman? Ton papa?)… bref… Plutôt que de t’en vouloir je vais te pardonner tant je sens de souffrances dans ton propos… Peut être devrais tu quitter les avions un moment et résoudre tes problèmes. Lorsque cela sera fait, n’hésite pas revenir donner ton resenti sur le travail de Flying mama qui est une personne, elle, parfaitement équilibrée, et qui accepte la critique avec intérêt et bienveillance à condition qu’elle ne soit pas dégoulinante de jalousie mesquine et de haine.. C’est toi que tu hais au fond.. sois en sûr.

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