Drôle de réveil pour une hôtesse de l’air

hôtesse de l'air

Elle ne savait pas à quel point ce lendemain allait être difficile. Elle ignorait que nous aurions tous les yeux rivés sur elle, en boucle, des heures durant, les mains tremblantes et les yeux humides… Elle ne se doutait pas un seul instant qu’elle allait changer notre insouciance… L’hôtesse de l’air que j’ai vu cent fois sur mon petit écran, courir en pantalon blanc Abercrombie, a échappé à la mort, là bas, à Bamako…

J’étais encore sous le choc des attentats de Paris, ébranlée dans ma liberté de vivre, je clignais des yeux comme pour sortir de ce cauchemar. En allumant ma télé ce matin là, je ne pensais pas pouvoir me sentir plus mal encore, et pourtant… Dans l’exercice de mon métier, je savais déjà que je risquais le crash, ébola, un cancer dû aux radiations… Je n’avais jamais pensé pouvoir vivre un tel traumatisme. Et pourtant, ils sont vivants. Je pleure en pensant à mes collègues russes qui ne le sont plus…

Lorsqu’elle s’est couché le soir, harassée de fatigue après un vol éprouvant, elle a peut être hésité à prendre sa douche, à se démaquiller. Lorsqu’elle s’est enfin blottie entre ses draps, elle a certainement hésité à mettre son réveil pour descendre son petit déjeuner. Elle a imaginé, sans doute, qu’elle mangerai une pizza au bord de la piscine, en bavardant avec ses collègues un peu plus tard dans la journée. Mais voilà, les inhumains en ont décidé autrement.

Les inhumains ont décidé qu’elle et ses collègues serait brutalement réveillés par des bruits de tirs d’armes à feu, qu’ils auraient tellement peur pour leurs vies, peur de ne plus revoir leurs familles, qu’ils s’enfermeraient dans leur salle de bain, utilisant la baignoire pour se cacher, en pleurant silencieusement pour ne pas être le prochain à être exécuté… La délivrance, mais la peur, toujours…

Rentrer à Paris, se dire que c’est fini, puis se rendre compte que non, rien ne sera jamais fini. Comment continuer ce métier où l’on peut être pris pour cible parce qu’il y a les couleurs de la France sur la carlingue de nos avions? Comment envisager de prendre soin de nos passagers la peur au ventre? Comment dire au revoir à nos enfants avant chaque vol, se demandant s’ils vont nous revoir un jour? Comment continuer…

Comment? Comment…

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22 réflexions au sujet de « Drôle de réveil pour une hôtesse de l’air »

  1. Chère Isabelle,
    Je suis maman d’un pilote qui aurait pu être au Radisson de Bamako, je pleure sans arrêt depuis vendredi, depuis il a été à Niamey et ça va continuer, je ne sais pas comment mes nerfs vont tenir… Al Qaïda, Boko Haram, Ebola, la violence de Caracas aussi entre autres. La fierté de voir le rêve de mon enfant se réaliser a disparu, ne reste plus que la boule au ventre qui s’est installée pour longtemps…Je vous envoie toute mon amitié
    Dominique

    • PS : j’avais déjà laissé un commentaire sur votre escale de rêve à NewYork sous le pseudo de Brooklyn 64, j’avais oublié ….
      Là, c’est suite à l’attaque de Bamako, beaucoup moins réjouissant …

  2. Comme on le fait depuis toujours parce que l’on aime ce métier si particulier, parce que l’on doit rester debout coûte que coûte et montrer à ces fous qu’ils ne gagneront pas …. Oui nous portons les couleurs de la France avec fiereté mais aussi avec vulnérabilité aujourd’hui . Comme tu dis, nous ne ferons notre métier plus jamais de la même manière et nous avons perdu cette insouciance parce qu’aujourd’hui nous sommes une cible potentielle. Partir de chez soi sans savoir si nous rentrerons sera désormais une angoisse tapie au fond de nous, mais bien présente, que nous ne montrerons pas car nous sommes professionnels ….
    Demain je partirais pour JNB , je ne serais pas sereine mais ferais mon métier du mieux que je peux comme je sais faire. Je m’occuperais de nos passagers avec plaisir mais j’aurais au fond de moi cette peur de ne pas être totalement en sécurité quelle que soit l’escale dans laquelle je me rendrais …….
    Nous partageons les mêmes angoisses, mais nous avons l’avantage de les partager ensemble ce qui nous rend plus fort …..
    Nous avons aussi cette particularité que cela aurait pu être n’importe lequel d’entre nous …… Le hasard des plannings :-(((
    Bisous

  3. Comme tu le dis Isa,
    Choquée.. Choquées..choqués, tous..
    Je SNIFFE les cheveux de mes enfants quand je vais les chercher à l’école.. Je reste là, alors que les autres parents s’en vont, encore un genou à terre à serrer mon Maël (il me le rend si bien!) et me surprends à retenir des larmes qui viennent, comme hier après-midi…
    Comment des gens peuvent-ils aimer autant la mort et la douleur?
    Comment cette menace n’a pas été plus pris au sérieux que cela, alors que La France demandait aux ressortissants de NE PLUS S’y rendre?

    Je suis toujours choquée… Mais je ne laisse rien paraître à bord..

  4. Comme je te comprends ! Je suis PNC sur courts et moyens courriers alors je ne connais pas les escales, je ne connais pas cette peur là. Mais même si nos quotidiens sont différents, notre passion pour ce métier est la même et j’y ai pensé tellement fort quand je l’ai appris, j’ai eu mal au ventre. Ce monde me dégoûte autant que je l’aime. Parce qu’on est bien placés nous PNC pour savoir que le monde est si beau, qu’il ne faut pas en garder que le pire … Courage ! Beaucoup de courage !

  5. Je te comprends ! Je dois juste prendre un avion dans 2 semaines et j’ai peur parce que c’est une compagnie aérienne française et du coup oui j’arrête pas de penser au personnel de bord, aux pilotes, aux hôtesses qui prennent tant d’avions. Du coup, ma peur est ridicule à côté. J’espère que le renforcement de la sécurité dans les aéroports c’est pas une légende… mais après je pense aux 11 septembre… y avait pas de bombe à bord, juste des fous !

  6. J’ai été moins courageuse …… Le 25 juillet 2000, 11 septembre 2001 , le crash du Rio en 2009 ont eu raison de moi … À chaque nouvel événement je perdais un peu plus d’insouciance …….Il y a 1 ans j’ai signé pour changer de vie après 14 ans de longs courriers …. Aujourd’hui je pense à tout ceux qui sont restés….. Il faut être fort pour continuer ….. Vous êtes tous très fort vous allez y arriver ….

    • Salut, j’ai été comme toi, après dix ans de long courrier ,j’ai tout abandonné ,et j’ai commencé une nouvelle vie, je re regrette rien car j’ai su profiter du moment présent,maintenant je suis en formation pour devenir infirmiere ,ma nouvelle vie a commencé ,mes collègues veulent laisser, mais n’ont pas ce courage, en tout cas je ne regrette rien surtout en ce moment. Bon courage à tous ceux qui veulent s’arrêter mais qui n’ont pas de solutions

  7. Merci, isabelle d’avoir mis des mots si justes sur ces émotions qui submergent une grande partie de notre famille d’uniformes. Comment continuer?? Je n’ai malheureusement pas de réponse à cette question….

  8. Si seulement vos dirigeants pouvaient vous lire et vous comprendre… Mais pour cela il faut vivre le métier de PNC de l’intérieur, pas avec des yeux de représentants des actionnaires, à qui il faut donner plus, toujours plus. Vous êtres une merveilleuse compagnie, et c’est vous navigants qui en êtes l’élément dynamique. Vous qui donnez tant pour vos passagers, et pour l’image de la France que vous représentez. Courage à vous tous, et à vos familles dans l’angoisse.

  9. Peur au ventre, je regarde le planning… Avec l’espoir de ne pas avoir de destination trop « chaude » ou des soit disant mesures de suretés nous protègent… En espérant me rendre dans un pays ou il n’y a pas trop de risques… Mais même ainsi, j’ai peur… Peur de faire mon métier, peur de ne pas revenir et de ne pas être à la hauteur de la tâche que la Cie m’a confiée…

    Les temps changent, et le métier de Navigant n’est plus le même… On nous demande des efforts, encore et encore, et on nous parle de Qualité de Vie au Travail… Elle est ou cette « qualité de vie » ? Dans les décalages horaires, les escales de plus en plus courtes, les demandes de nos dirigeants élaborant des nouveaux services irréalisables… etc. etc. …

    Tout cela pour… Faire des annonces de licenciements, alors que la Cie annonce quelques jours après un bénéfice, certes, maigre, mais bénéfice quand même… Tout cela pour… S’entendre dire que le PDG s’en va avec toute sa troupe et des acteurs recevoir un « prix » à New-York, pendant que les petits salariés continuent leurs efforts… Tout cela pour… Leurs satisfactions (financière)… Au détriment des employés qui ne reçoivent que des réprimandes, car leurs efforts ne sont jamais suffisants…

    Il y a réellement de quoi être démotivé… Mais au final, je me dit, que ceux qui sont à l’origine de cette politique d’entreprise finiront par payer leurs fautes… Vivement la retraite !!!

  10. Chère flying mama, c’est de Corse ou j’habite, et, ou je bosse, que je viens de lire votre message. Ces quelques lignes me noues la gorges,je n’imagine même pas ce qu’ont pu ressentir nos copains, nos collègues, ou nos amis la bas, au bout du monde, seuls.
    Comment se mettre à leurs place un instant pour imaginer, c’est impossible. J’étais collé devant mon écran, à lire les nouvelles données par les amis ps/pn et le soulagement quand j’ai appris qu’ils étaient sauf.
    Comment à l’époque où l’on vie, on tue des innocents pour se venger d’un gouvernement, d’un drapeau.
    C’est tellement plus facile de s’en prendre à des civils, des gens désarmé.
    Ca s’appelle de la lâcheté pour moi, et nos amis qui risquent leurs vie asses souvent,tout les jours, de par les risques de leurs métiers, moi, je les considéres comme les vrais héros.
    Que dire de plus, nous devons nous serrer les coudes, et parler entre nous, évacuer le stress, aller de l’avant.
    Je vous remercie flying mama, moi d’un naturel timide et réservé, n’aurais jamais trouvé la force de parler, d’écrire, sans votre message qui m’a autant touché et ému.
    Courage.
    Et une énorme pensée pour les copains russes tombé la bas à cause de la folie des hommes.
    Pensée pour leurs familles.
    R.I.P camarades.

  11. Bonjour,

    Je ne suis ni pilote, ni maman de pilote, je ne suis ni hôtesse , ni maman d’hôtesse, mais je comprends votre angoisse et vante votre courage, face à cette barbarie qui nous envahit . Mais je reste persuadée que vous avez le grand mérite d’affronter toutes ces peurs quotidiennes et vous dis bravo
    Je suis de tout coeur avec vous. Votre mérite et votre courage l’emporteront sur toutes ces ignominies .

    Corinne

  12. Mon histoire est sous ipn. Le Dr payent la connaît bien… 5 incidents majeur en 2 ans et demi. Je connais les tirs des balles qui sifflent à vos oreilles, les tirs de mortier qui font tomber la façade et la planque dans la baignoire aussi…
    Nous ne sommes pas des casques bleus. Il m a fallut 3 ans pour retrouver la paix.
    Et je vole toujours avec amour !
    Un jour j arrêterai ce sera quand je l aurais décidé.. De tout mon cœur je comprends et revis avec toi la peur. Mais j’ai choisit l amour, alors pleures toutes les larmes nécessaires et relèves toi ! Tu es passé près oui, mais ce n était pas ton heure ! Et en memoire de ceux qui ne sont plus célèbre ta vie, transmets à tes enfants la volonté de vivre heureux, envers et contre tout. Soit celle qui dit « vous n avez pas eu mon corps ! Vous ne détruirez pas mon âme ! Par ma joie je vous désarme. »
    Offre ta résilience à ce monde, qui en a tant besoin.
    La phobie post traumatique dure entre 2 et 5 ans. Mr Payen t aidera sûrement.
    Je ferme les yeux et fais un vœu pour vous tous qui êtes sortis de cet enfer : « que vos larmes emportent votre peur et que vos cœurs retrouvent le goût du bonheur car vous êtes vivants ! »
    Avec beaucoup d amour,
    Lydie

    • Bonjour Lydie, je suis très émue de ton message, et très touchée par ce que tu as traversé. Je n’étais pas à Bamako, mais nos collègues si, et je sais que certains ont lu ce billet. Ils liront également ton commentaire, sois en assurée. Merci…

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