Mon métier, mon bonheur, ma peur…

Il y a longtemps, quelques années auparavant, j’étais jeune hôtesse, et ce travail me semblait vraiment paradisiaque… Puis les années passant, j’ai commencé à moins faire la fête en escale, peu à peu je n’ai plus fait de visite non plus, j’étais fatiguée, il fallait faire un choix entre être en forme à la maison, et faire des choses en escale. Je continuais cependant à apprécier mon métier.

J’ai mis cette fatigue sur le compte de l’âge, des rythmes qui s’accentuent sans cesse, puis de la maternité, et enfin de la maladie. J’ai découvert autre chose récemment, qui est encore plus handicapant que tout ça réuni: la peur. Vous vous souvenez sans doute que je me suis faite opérer du dos en Juin 2009? J’ai passé 10 jours à l’hôpital, les yeux rivés sur un petit écran…

Je ne pouvais me retourner, tourner la tête ou détourner le regard, toute clouée au lit que j’étais… Et là, devant mon regard trempé de larmes, pendant ces dix jours, j’ai vu mon insouciance s’abîmer en mer… J’ai d’abord cru que ma soeur était morte, ils parlaient d’un transatlantique, et elle était partie à Montréal. Puis j’ai réalisé que je connaissais une hôtesse, maman de quatre enfants, avec laquelle je venais de faire du vélo à San Francisco…

Les gens ont eu peur pour moi, puisque je ne donnais signe de vie sur les réseaux sociaux, faute d’internet à l’hôpital. Et moi, je pleurais, pleurais, pleurais… Pleurais à m’en arracher les tripes, pleurais à en vomir de peur, de douleur et de tristesse… J’étais en état de choc, je le suis toujours un peu…

Je n’ai pas pu revoler avant plusieurs années, le dos, c’est long à se remettre, et je suis « tombée » enceinte 6 mois plus tard… De ce fait, je n’ai jamais pu communier avec ma compagnie, mes équipages, mes collègues… Je n’ai jamais pu partager avec quiconque ce que j’avais au creux de mon ventre, au fond de moi, ma peur terrible.

Certains de mes collègues n’ont pas pu tout de suite reprendre les vols, d’autres ont affronté avec bravoure leur terreur toute neuve. Moi, j’étais loin, j’ai cru que j’encaisserai, et qu’à mon retour tout serait oublié. Mais la peur est sournoise et restait tapie là, pas très loin, à l’affut de la moindre faille…

Il y a d’abord eu ce passager qui s’est ouvertement moqué de ma compagnie et du drame, sur un retour de Rio… J’en ai eu le coeur meurtri, bien plus qu’il ne le saura jamais et une envie excessive de lui mettre ma main dans la figure… Et il y a eu cette turbulence,  alors que j’étais dans le poste repos… J’ai pris mon téléphone et cherché rapidement une photo de mon fils, je me suis préparée à mourir en le regardant…

C’est irrationnel, ça ne prévient pas, chacun peut être touché, la peur est mon pire ennemi, elle n’évite pas le danger, mais paralyse et amoindri… Je me maquille et enfile mon uniforme avec quelque chose de changé en moi, j’espère que ça reviendra… Je prépare mon plus beau sourire cependant, prête à accueillir mes clients de la nuit… Au moins maintenant, je vais pouvoir en parler avec mes collègues…

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55 réflexions au sujet de « Mon métier, mon bonheur, ma peur… »

  1. Pfiou…

    Tu sais que je viens d’une famille de pilotes… Petite, j’ai toujours voyagé en avion, je n’ai jamais eu peur (alors que j’ai très peur de la voiture, du bateau et je commence à m’habituer au train…).
    Et un jour, j’ai pris l’avion enceinte… j’étais terrorisée !

    Je pense qu’au-delà des accidents (qui ont toujours existé), le fait d’être maman ne nous aide pas à rationaliser.
    J’espère que cette peur s’apaisera <3

  2. Tu donne tellement d’émotion que me voilà les larmes aux yeux.

    C’est un métier où la peur ne peux pas repartir. Elle est là et malheureusement elle y restera. Je te souhaite d’arriver a en évacuer un maximum en parlant avec tes collègue et peut être même avec une personne habilité a vous aider.

    Etre mère accroit largement la peur, il ne faut pas ce laisser manger par tout ça, et y trouver des parades.

    Courage pour le travail et tous ces vols.

  3. je n’avais jamais penser que tu aurais pu… ou que tu pourrais! pour moi tu es flying-mama et la rien que de penser que tu pourrais…sa me brrrrrrrr! tu as peur c peut être irrationnel mais c normal! on a tous peur de quelques choses! je te souhaite plein de courage pour les futurs vols! bisous

  4. Merci pour ton article plein de sincérité et d’émotion.
    Comme je comprends ce sentiment… Jusqu’à jeune adulte j’ai bcp bcp voyagé et en avion. De plus, mon papa, fan d’avion, est aussi pilote dans l’aviation civile depuis quasi 30 ans. Comme j’était habituée je n’ai jamais eu peur. Puis un jour… je suis devenue terrorisée à l’idée de prendre l’avion. Est-ce pour voir des images d’avions accidentés ? Je ne sais pas… Quoi qu’il en soit, dès que je sais que je vais prendre l’avion, plusieurs jours avant j’en suis malade. J’ai même refusé certains déplacements professionnels en prétextant des trucs inventés pour ne pas prendre l’avion. Ca en arrive même à en pleurer la veille de partir car j’ai l’impression que je vais « tuer » mes enfants si je les prends avec moi. Mes parents, grands voyageurs, quand ils prennent l’avion,je leur dis plusieurs fois « je t’aime » avant de leur dire au revoir (alors que je ne le dis jamais) de peur de les perdre….
    Je ne comprends même pas cette terreur…
    Mais moi c’est une peur irrationnelle et je ne prends l’avion maintenant que 2-3 fois par an, toi c’est plus profond car lié à un événement plus que marquant, tu n’as pas pu faire ton deuil avec tes collègues, tu n’as pas pu en parler…. Aujourd’hui peut-être aurais-tu besoin d’en parler justement avec ton entourage, tes collègues voire une aide extérieure ? Dans votre compagnie, il n’y a pas une personne dédiée à cela ?
    Je te souhaite de trouver bientôt le chemin de la sérénité et de retrouver goût à planer :)

  5. Pfiou Tu m’as fait chialer … ça me parle tellement.
    Trop de décès et de malheur m’ont aussi abimé et j’ai peur aussi souvent; encore plus depuis que je suis maman. Penser à la mort maintenant qu’il est là, c’est juste terrible.

    Vous n’avez pas de personnes à qui en parler, au boulot, dans ce genre de situation ? Parce que tu ne peux pas rester avec cette peur :/

  6. brr j’ai des frissons ! C’est bien normal d’avoir peur. Même si c’est le moyen de transport le plus sûr (il parait !) le risque n’est pas à 0.
    Il n’y a pas un psychologue à ta compagnie qui te permettrait de déverser tes peurs. En parler entre collègues et à des professionnels te soulagerait sûrement. Prend soin de toi

  7. Très poignant ce récit Isabelle, tu sais si bien nous emporter avec tes mots.
    Parle, parle, parle et parle encore il faut extérioriser, même si cela ne changera peut être pas grand chose à cette peur qui est bien présente malheureusement…
    Bon courage tu es une battante !

  8. Tu as raison d’avoir écrit ce billet! Il faut en parler pour essayer d’affronter au mieux cette peur qui te poursuit. Je me souviens bien de ce drame (jai une très bonne amie qui est aussi hôtesse) et nous en avions beaucoup parlé (alors que je n’ai jamais pris l’avion). Il ne faut pas garder tout cela en toi, extériorise ta douleur, ta peur.
    Et effectivement, je crois qu’en devenant maman, la peur d’accentue….
    Bon courage! Je t’embrasse

  9. Tu m’as aussi mise les larmes aux yeux,
    J’ai toujours eu la trouille en avion, mais même en voiture, même en train … Je suis une flippée, ça ne m’a pas empêchée de le prendre enceinte et de le prendre également avec un bébé, mais la boule au ventre reste toute la durée du voyage et plus même ! On a besoin d’être rassurée (enfin moi oui) par les hôtesses et l’équipage ! Mais ce sont aussi des humains et la peur est humaine !
    Bon courage et prends soin de toi
    Mél

  10. Je me suis reconnue dans le post mais aussi dans les messages. Grande voyageuse (je le suis toujours), j’ai des crises d’angoisse depuis que je suis mariée et encore plus souvent depuis que j’ai eu mes enfants. Et cela dés qu’on vole au dessus de l’eau (océan, pas méditerranée..allez comprendre) et à partir de 2h de vol. Mari pilote dans le privé, qui lit tous les livres d’explication sur les crashs (et m’en parle), amis pilotes ou PNC… J’entends donc parler des coulisses. Je suis rationnelle, je sais que les PNT et PNC sont fiables, compétents etc…Rien à faire, je disjoncte, même avec des anxiolytiques. Mais uniquement après 2h de vol environ. OK vous savez tout…
    Il y a quand même un lien entre toutes ces peurs, non ? C’est le fait qu’on a eu des enfants. Et en fait ce que je voulais dire c’est qu’il me semble c’est que cette peur est apparue quand j’ai pris conscience de ce m’apporte ma famille et mes enfants, que j’ai une belle belle vie à vivre…et que je n’ai pas envie que cela s’arrête. Or en avion, on est coincé, on ne peut plus sortir, on est plus maitre de sa vie et dépendant d’autres. Or à partir du moment où on devient maman, c’est les autres (nos enfants) qui sont dépendants de nous. Bon, voilà ma réflexion…

  11. J’ai adoré te lire, tu retranscris tellement bien les choses. Je pense qu’on a toutes des peurs et comme le dit Milie lorsque l’on devient maman c’est encore pire. Moi j’ai toujours peur de l’accident de voiture et que je sois inconsciente sans pouvoir m’occuper de mes enfants ou alors un avc ou un malaise à la maison et personne pour eux … Bon j’arrête sinon on va toutes flipper !
    C’est sûr qu’il peut arriver n’importe quoi à n’importe qui tout le temps, mais tu le sais mieux que nous il y a plus d’accidents de voiture que d’avions 😉
    La peur est là et ne nous quitte pas, nous devons apprendre à vivre avec …
    Bon courage et plein d’ondes positives :)

    • C’est pire depuis que je suis maman, avant, je n’y pensais pas un seul instant, maintenant, j’ai tellement peur de laisser mon fils sans moi!

  12. tu sais à quel je t’admire, ainsi que tes collègues
    j’ai vraiment la trouille de l’avion. Bien sûr, je peux mourir en prenant ma voiture ou en traversant la rue (j’ai failli perdre mon frère l’année dernière…) mais bon…
    Je te fais de gros bisous et bon courage <3

  13. Billet très émouvant, c’est vrai que je ne pense pas a cet aspect de ton métier…

    Quand on pense à ça, au décalage horaire constant, aux longues absences pendant lesquelles tu ne vois pas ton fils, aux conséquences de ces vols sur la santé… Ça fait tout de suite moins rêver.

    C’est une passion et ce métier te va tellement bien…

    <3

  14. Et bien tu vois 4 ans après j’en pleur encore et depuis la naissance de mon fils ,il y a 2 ans 1/2 ,la peur me gagne…j’aime pourtant mon métier et je n’ai pas peur de prendre l’avion,juste peur de mourir comme nos collègues chaque fois qu’il y a des turbulences et que je suis au poste repos….
    Va voir quelqu’un …je viens de m’y mettre et sa me soulage!
    merci et peut être à bientôt !

    • Bonjour,
      J’ai très peur en avion avant même d’avoir eu des enfants, j’ai fait un stage contre la peur en avion – sans véritable effet. En revanche, on m’a toujours dit que les turbulences ne peuvent pas causer de crash, que c’est un phénomène naturel et quasi quotidien, mais à vous lire à vous et flying mama, j’ai l’impression que vous avez peur à ce moment là et que les turbulences sont dangereuses. Pouvez-vous confirmer svp ? Merci!

      • Non pas du tout. Je parle d’une peur irrationnelle dans ce billet. Les turbulences ne sont en effet pas grand chose, l’avion étant conçu pour leur résister et les pilotes formés pour en éviter les éventuels dangers… La peur ici est le résultat de la perte de collègues à un moment spécial d’un vol, et le fait de ressasser cet évènement pendant des turbulences en augmente l’effet psychologique néfaste…

  15. Chère collègue,
    Ce jour là, je revenais de eze.
    Même route, même jour, même heure.
    A seulement un petit 1/4 d’heure devant « eux ».
    J’ai bcp pleuré aussi, mais je n’ai plus peur car j’en ai parlé autour de moi avec mes collègues.
    Le plus dur: entendre pleurer mon gd-père au téléphone car il croyait que j’étais dans cet avion. Je n’étais pas encore maman en 2009, heureusement.
    N’hésite pas a en parler!
    Bises!

  16. LisePetitPotBebe : tu as exprimé à la larme près mon ressenti…

    Depuis que j’ai des enfants, je ne prends plus l’avion.
    Avant c’était assez fréquent. Allers retours entre Mrs et Ory surtout…
    Famille, vacances, tout ça… Une crainte tout-de-même mais… J’arrivais à gérer.
    Maintenant c’est impossible. Tuer mes enfants, les envoyer à la mort…

    C’est irrationnel, oui. Comme toutes les angoisses. Celle de la mort est la plus difficile à combattre, et cette angoisse se matérialise sous des formes différentes pour chacun. Elle reste tapie, dans une fine ombre, la plupart du temps, pour ressurgir un jour, une grosseur sous la peau..’, une voiture qui d’un coup verrait ses freins lâcher, un avion…
    Angoisse de mort, de perdre ceux que l’on aime aussi.

    Et sur ce dernier point, je m’en suis jusqu’à présent plutôt bien sortie. Ceux que j’aime, je les garde au sol…
    Jusqu’au jour où une nouvelle voisine est arrivée, qui est devenue plus qu’une voisine… Et elle, elle vole. Et moi, j’espère chaque fois bêtement qu’il ne lui arrivera rien.

  17. Oooh ma pauvre… Et vous n’avez personne dans la compagnie avec qui parler de cela? Ca doit être intenable de partir avec la peur au ventre à chaque fois.
    Moi, avant d’avoir des enfants, je voyageais régulièrement en avion, je n’avais jamais peur et puis depuis tout à changé. Le pire a été cet été, quand nous avions les 2 avec nous, j’ai eu très peur sur un vol et je m’en suis voulu de « les tuer » en quelques sortes…

  18. C’est terrible de bosser avec la peur au ventre… Tu ne crois pas que u devrais arrêter de voler? En plus c’est mal de voler ls gens hein 😉
    J’aurai pu y rester, en 1992 dans l’avion qui s’est crashé sur le Mont St Odile, mais j’ai raté cet avion, j’a eu de la chance. Et je suis remontée dans un avion quelques semaines plus tard. Mais jamais je n’ai pensé que les hôtesses de l’air et stewarts travaillait dans la peur :(

    • Je n’ai pas peur au quotidien heureusement, ça serait invivable en fait… Mais parfois, j’ai des montées d’angoisse, comme dans ce poste repos l’autre fois…

  19. Oh comme je te comprends .. :/
    Je vis avec la peur de la mort comme une épée de Damoclès, et pourtant je me résonné, y’a pas de raisons particulière, juste la disparition de mon papa …
    J’espère que cette angoisse te quittera un jour car quand en plus il s’agit de ton boulot, tu n’as pas le choix :( Pleins de câlins, c’est bien que tu mette enfin des mots là dessus !

  20. Tu m’as fait pleurer… :'(
    Je crois qu’il faut que tu en parles, pas seulement à tes collègues mais n’y a-t-il pas de « cellule » spéciale à ton boulot où tu pourrais être accompagnée ?
    Quelle horreur se doit être d’aller bosser la peur au ventre :(
    Bisous <3

  21. Tu sais l’autre jour, quand je t’ai raconté que j’ai broyé le bras de mon mari la première fois que j’ai pris l’avion et bien c’était en juin 2009… voilà voilà. Je suis en admiration totale devant toi et tes collègues, vous avez un courage sans bornes. J’espère qu’extérioriser enfin tes peurs va te permettre d’être plus sereine en vol. Et puis de toute façon, comme dit Milie, maintenant qu’on est maman c’est très dur de relativiser. Ton billet est très bien écrit et touchant, je te fais d’énormes bisous!

  22. Je n’imagine que trop bien ta peur.
    Il y a quelques années maintenant, j’aurais du être dans le vol TWA 800 qui a explosé en vol au départ de NYC…
    J’ai pris ce vol qq jours plus tard (2 ou 3 jours). Le numero du vol était toujours le même. Et beaucoup de passagers avaient annulé leur vol. L’avion était presque vide, ce qui renforçait cette ambiance angoissante.
    Depuis je flippe en avion. Et quand je mon avec mes enfants, je ne peux pas les lacher de tout le vol. Ils me rassurent.
    En février on va faire 8h de vol pour la Guadeloupe. Je suis déjà en stress.

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  24. Je me souviens de ce 1er juin 2009, nous rentrions d’une journée en famille, et puis la radio, la nouvelle….. depuis cette peur est aussi ancrée en moi, dès qu’un proche, mon mari en premier, prend l’avion…..
    Je lui en ai beaucoup parlé… ça ne peut faire que du bien… J’espère que depuis cet article, tu réussis toi aussi à prendre le recul nécessaire à faire se taire la peur..
    Bon courage !

  25. Bonjour mon ex femme était hôtesse et bravo à vous d’exercer ce beau mais très dur métier. Au cas où je suis célibataire Parisien de 45 plutôt pas mal et grand !!!

  26. Je te comprend. J.ai vécu cette peur plusieurs fois. Mais une fois de trop apres deux accelerations arrêts et un retour au parking dans la journee et attente de 5h un avion en état. J.ai eu l.idee de tel a mes parents pour me rassurée que je pouvais monter dans un 3e avions dans la journée et faire mon travail de CCP quand d.un coup au tel j.entend ma fille de 5 ans me dit « maman je t.aime » et la peur au ventre j.ai vomi dans l.aerogare et impossible de remonter dans un avion. Mon blocage a duré 3 mois a comprendre avec un psy que finalement le plus passionnant métier du monde pouvait me faire vivre la terreur. Bon courage

    • On a souvent honte de cette peur irrationnelle, alors il ne faut pas hésiter à se faire aider, c’est trop violent pour essayer de s’en sortir seul…

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